Débat, consultation, opération de communication, Que penser? 


Le grand  débat voulu par le  président  de la  république a démarré. Dans sa lettre aux français il fixe quatre objectifs :

  1. La transition écologique,
  2. La fiscalité et les dépenses publiques
  3. La démocratie et la citoyenneté
  4. L'organisation de l'état et des services publics

Ces formules générales on peut leur faire dire beaucoup de choses mais de là à penser qu'elles vont permettre de répondre aux revendications mises avant par les gilets jaunes mais aussi soutenues par une grande partie de la population il est permis d'en douter. La régression du pouvoir d'achat et le développement des inégalités sont des réalités douloureuses pour beaucoup qu'ils aient du travail, qu'ils soient chômeurs ou retraits surtout qu'il n'y a pas de réelles perspectives d'amélioration à court terme et qu'ils ne sont pas écoutés, ni même entendus.

Le débat ouvert par Emmanuel Macron est censé corriger cette situation. Est-ce vraiment le cas ? Rien de moins sûr. Il est clair que le gouvernement trop pressé de mettre en place son programme de réformes au profit des entreprises a refusé d'entendre le mécontentement qui s'exprimait sous des formes multiples depuis l'été 2017 que ce soit à propos des ordonnances pour la réforme du droit du travail, de la hausse de la CSG des retraités, de la baisse des dotations aux collectivités locales de la volonté de dégagisme qui s'était exprimée lors des élections présidentielles et législatives. Un Gouvernement à l'écoute des citoyens pouvait dès l'automne 2017 saisir que de grandes difficultés étaient à venir. L'exécutif a préféré passer outre et miser sur le pourrissement du mouvement. Cette sous-estimation méprisante a eu un effet contraire le mouvement s'est radicalisé ouvrant la voie à la violence et aux dégradations. Il a fallu arriver à ces extrémités pour que l'exécutif fasse de faibles concessions en faveur du pouvoir d'achat et que germe l'idée du grand débat national.

Est-ce d'ailleurs vraiment un débat ? A la lecture de la lettre d'Emmanuel Macron ce n'est pas évident. En effet la présentation des 4 thèmes imposés ressemble beaucoup au programme du candidat à la présidence de la république Emmanuel Macron. De plus la présentation est suivie d'une liste de questions fermées qui n'incite pas au débat et le réduit à une simple consultation sur des thèmes prédéterminés si on s'en tient à une réponse aux questions posées. Ceci est d'autant plus important que l'on ne sait pas précisément aujourd'hui quelles suites seront données aux résultats du débat.

Celui-ci doit se réaliser sous forme de réunions d'initiatives locales qui doivent être organisées en fonction des quatre thématiques. Les participants peuvent s'exprimer librement à condition de respecter les dispositions d'une charte nationale de déontologie. Un compte rendu des débats doit être établi en s'appuyant sur les formulaires et fiches établis par la plate-forme nationale.

Ce dispositif est loin d'offrir de permettre l'expression des revendications mises en avant par les gilets jaunes ces derniers mois -- rien sur le pouvoir d'achat -- et montre bien que ce « débat» a une autre fonction : maintenir le cap des réformes, tout en essayant de regagner la confiance de la population mais aussi des élus et des acteurs sociaux par des interventions spectaculaires sur le terrain.

Un cahier de doléances est à la disposition du public en mairie. C'est probablement l'outil d'expression le plus ouvert dans ce débat, ceci dit ce qui sera fait des contributions n'est pour l'instant pas clair. On peut craindre que ce ne soit qu'un « défouloir ». Le Nouvel Essor prévoit malgré tout d'y déposer une contribution.

L'expression citoyenne ne peut se réduire à des opérations électorales tous les quatre, cinq ou six ans. La démocratie exige l'écoute et la transparence permanentes. Soyons nombreux à nous exprimer sans illusion sur la finalité du débat pour que les méthodes de gouvernement évoluent c'est le plus important.

.31 janvier 2019